Si tu ne veux pas grandir…

septembre 9, 2006 at 1:39 (Quand j'ai mal)

Bien sûr, j’ai pensé parfois mettre fin à mes jours, mais je n’ai pas su par lequel commencer.

(Jacques Prévert)

La petite Marie est morte,

Et son cercueil est si peu long

Qu’il tient sous le bras qui l’emporte

Comme un étui de violon.

Sur le tapis et sur la table

Traîne l’héritage enfantin.

Les bras ballants, l’air lamentable,

Tout affaissé, gît le pantin.

Et si la poupée est plus ferme,

C’est la faute de son bâton;

Dans son œil une larme germe,

Un soupir gonfle son carton.

Une dînette abandonnée

Mêle ses plats de bois verni

À la troupe désarçonnée

Des écuyers de Franconi.

La boîte à musique est muette;

Mais, quand on pousse le ressort

Où se posait sa main fluette,

Un murmure plaintif en sort.

L’émotion chevrote et tremble

Dans: Ah! vous dirai-je maman!

Le Quadrille des Lanciers semble

Triste comme un enterrement,

Et des pleurs vous mouillent la joue

Quand la Donna é mobile,

Sur le rouleau qui tourne et joue,

Expire avec un son filé.

Le cœur se navre à ce mélange

Puérilement douloureux,

Joujoux d’enfant laissés par l’ange,

Berceau que la tombe a fait creux!

Théophile Gautier, “Les joujoux de la morte”, Emaux et camées, 1852-1872.